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El Aoula : Les Préparatifs du Ramadan en Tunisie

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El Aoula : Les Préparatifs du Ramadan en Tunisie

Le Ramadan approche à grands pas… 🌙

Le rythme à la maison commence à s’intensifier, et les belles traditions tunisiennes se manifestent. La famille tunisienne est en pleine préparation de « el Aoula ». En Tunisie, « el Aoula » signifie la préparation de certains produits en grande quantité, afin de subvenir aux besoins alimentaires de la famille pendant toute l’année. 🍞

L’histoire d’« El Aoula » 🏡

« El Aoula » est un concept ancien qui remonte à des centaines, voire des milliers d’années. Autrefois, nos ancêtres se nourrissaient uniquement des produits de saison, mais avec l’abondance apportée par l’agriculture, ils ont eu l’idée de stocker et de conserver leurs produits pour pouvoir les utiliser tout au long de l’année. 🌿 Par exemple, en été, c’est le moment idéal pour préparer et conserver son stock de blé, de couscous, de boulgour et de tous les produits issus du blé. C’est également la période où l’on prépare son stock de tomates séchées pour l’année. 🍅

Le rythme de la vie moderne et ses défis 💻

Aujourd’hui, à cause du rythme de la vie moderne, la plupart des femmes n’ont plus vraiment le temps de préparer leur stock annuel, surtout avec la disponibilité et la facilité d’accès à tous les produits tout au long de l’année. Pourtant, le Ramadan reste pour nous un événement heureux et très spécial, durant lequel nous préparons « el Aoula » de certains produits bien déterminés. D’ailleurs, la consommation de produits locaux, faits maison et purement tunisiens, augmente considérablement pendant ce mois sacré. 🌟

L’ambiance festive à la maison 🎉

Une des nombreuses raisons de mon amour pour ce mois sacré, c’est l’ambiance qui se crée à la maison. Depuis toute petite, je participe avec ma grand-mère aux préparatifs. J’adore l’aider à préparer la « Bsissa » : un mélange magique et gourmand, préparé à base de blé, de légumineuses et d’épices, bien cuit, toasté, puis moulu jusqu’à obtenir une poudre très fine de couleur beige à marron, avec une odeur fantastique. 😍

La « Bsissa » est généralement consommée pendant le Ramadan comme première boisson pour rompre le jeûne. Dans un verre d’eau, on dissout une cuillère à soupe de « Bsissa » avec un peu de sucre, facultatif. Elle peut aussi être consommée sous forme de pâte ou de crème, saupoudrée de fruits secs : pour cela, une quantité de cette poudre est dissoute dans un peu d’huile d’olive et de miel, puis mélangée jusqu’à l’obtention d’une pâte homogène. Ce produit de terroir a une excellente valeur nutritionnelle, riche en fibres, en vitamines, en minéraux et en protéines provenant des légumineuses et du blé. 🌾

Une des raisons pour lesquelles nous consommons la « Bsissa » en premier après le jeûne est qu’elle est capable de nous revitaliser rapidement avec un liquide rafraîchissant, riche en vitamines, minéraux et glucides, pour compenser la déshydratation et la fatigue du jeûne. 💧

La conservation de la « Bsissa » 🏺

La conservation de cette poudre magique est très facile et non énergivore. Elle est conservée dans des récipients en terre cuite, un matériau tunisien naturel et durable. Ma grand-mère garde la « Bsissa » dans des jarres en terre cuite bien scellées, stockée dans un coin sec, à l’abri de la lumière et de l’humidité. Si vous n’avez pas de bocaux, ne vous inquiétez pas, cela se conserve parfaitement dans des bocaux en verre hermétiquement fermés. ✨

L’art de préparer la « Bsissa » 👩‍🍳

J’adorais regarder ma grand-mère en train de griller le blé, dans un grand plat en terre cuite. Elle ne cessait de mélanger les perles de blé avec une grande cuillère en bois. Elle me disait que lorsque les grains de blé commençaient à « chanter » (un petit bruit ressemblant à des mini-explosions, comme des pop-corns), c’était le signe que c’était prêt. 🔥

Petite, ma grand-mère ne me laissait pas toucher au feu, mais cela me suffisait de rester près d’elle, contemplant ses gestes harmonieux et la musique qui dégageait le mélange en train de cuire. Curieuse, je n’arrêtais pas de lui poser des questions : « C’est quoi cette plante ? », « Pourquoi ajouter cette graine ? », « Ça s’appelle comment cette épice ? ». Ma grand-mère répondait patiemment à mes questions, me demandait de toucher, de goûter et de sentir les différents ingrédients. Ce moment de partage me procurerait un plaisir immense. C’est ainsi que j’ai appris à préparer la « Bsissa », et aujourd’hui encore, on la prépare ensemble, dans la même ambiance, avec le même plaisir et le même amour. ❤️

Les épices tunisiennes incontournables 🌶️

Tout comme la « Bsissa », ma grand-mère adorait préparer le mélange d’épices tunisien appelé « Tebel », une épice incontournable présente dans la majorité des plats tunisiens. L’opération commence par nettoyer les grains de « Tebel » pour éliminer les impuretés. Ensuite, les petites perles dorées sont passées au tamis pour se débarrasser des impuretés les plus fines. J’adorais cette étape où je faisais « danser » ces petites billes à travers les tamis, toujours sous la surveillance de ma grand-mère. 👵

Aux perles de coriandre, on ajoute des graines de carvi, de l’ail en poudre, des grains de poivre noir, des boutons de roses séchées et du gingembre en poudre. Une fois tout cela moulu, on obtient une poudre jaunâtre d’une odeur intense et agréable, une odeur qui me procure du plaisir et de la paix intérieure. 🧘‍♀️

La conservation de ce mélange se fait également dans des bocaux en terre cuite ou des bocaux en verre.

L’incontournable « Harissa Maison » 🌶️

L’une des préparations les plus importantes avant le Ramadan, et un incontournable de la cuisine tunisienne, est l’harissa maison, ou « harissa Arbi ». Couscous, soupes, lablebi, ragoûts, pâtes, sandwichs… il est très rare qu’un plat tunisien échappe à l’ajout d’une belle cuillère à soupe d’harissa ! 🌶️

Cette préparation magique est composée de piments rouges séchés, d’ail, d’huile et de quelques épices. Elle est généralement préparée en très grande quantité pendant l’été, la saison des piments et des poivrons. La cheffe de famille prépare ainsi son stock pour l’année. Grâce à l’ajout de sel et à l’utilisation de récipients en terre cuite, l’harissa se conserve pendant toute l’année. 🍯

La préparation du « Hrouss » 🌶️

Ma grand-mère, originaire du sud, utilisait également la pâte piquante appelée « Hrouss », dont la préparation est légèrement différente de l’« Harissa Arbi ». Le « Hrouss » est préparé à base de poudre de piment fort, d’oignons salés et d’huile d’olive. La préparation commence par hacher une généreuse quantité d’oignons en lamelles, puis y ajouter du sel. Ce mélange est placé dans un bocal en verre, hermétiquement fermé, et conservé à température ambiante pendant une semaine. 🧄

Au bout d’une semaine, on ajoute de la poudre de piment moulu aux oignons, puis, avec des gants, on mélange jusqu’à obtenir une pâte homogène. On y ajoute ensuite de l’huile d’olive et un mélange de nouveau. Enfin, on forme des boules de taille moyenne, qu’on place dans un bocal en verre, qu’on ferme hermétiquement. Il est important d’ajouter un peu d’huile d’olive à la surface du bocal pour plus de protection. L’avantage de cette pâte est qu’elle se conserve très bien à température ambiante pendant un an et ne nécessite pas de réfrigération. 🌿

L’importance des produits locaux et durables 🇹🇳

Hrouss, couscous, bsissa, blé… Ces produits ont une valeur nutritionnelle exceptionnelle et sont très bénéfiques pour la santé. En plus, ils sont entièrement composés d’ingrédients locaux et tunisiens, ce qui accentue leur caractère durable et respectueux de l’environnement. Leur préparation et leur conservation ne doivent pas d’énergie électrique et reposer plutôt sur les avantages du climat méditerranéen. 🌞

Un avantage économique pour le consommateur 💸

Dans ce même cadre, la disponibilité et le caractère local de ces produits du terroir offrent un avantage économique pour le consommateur : un produit local coûte toujours moins qu’un produit importé, et un produit fait maison coûte moins qu’un produit industriel. 💡

La préservation de notre patrimoine culinaire 🍽️

Pour moi, l’un des plus grands avantages de ces produits est la conservation et la protection de notre patrimoine culinaire, ainsi que de notre culture gastronomique, très riche et reconnue dans le monde entier. 🌍

Le concept d’« El Aoula » et son aspect festif 🎶

Il est vrai que « el Aoula » vise à préparer en grande quantité certains produits et à profiter de la saisonnalité des produits pour garantir une certaine sécurité alimentaire tout au long de l’année. Cependant, en Tunisie, « el Aoula » représente bien plus que cela, surtout pour les générations précédentes. En effet, « el Aoula » était considéré comme un événement festif en soi. En été, les femmes des différentes familles se rassemblent, à tour de rôle, dans une maison pour préparer ensemble des quantités massives de couscous, de bsissa, d’harissa, de hlalem, d’épices… 🎉

Les femmes et les enfants passent toute la journée ensemble dans une ambiance très festive, chantonnant, se racontant des histoires, créant des chansons, échangeant des nouvelles… À la fin de l’été, chaque femme possède son propre stock de produits alimentaires et est prête à affronter les rigueurs et le froid de l’hiver. ❄️

Un héritage culinaire inestimable ❤️

Je me considère vraiment très chanceuse d’avoir vécu ces moments agréables avec ma grand-mère et même avec mon grand-père, qui participait également aux préparatifs. Il se chargeait surtout d’acheter un nouveau service à table pour ma grand-mère à l’occasion de ce mois sacré. Mon grand-père s’occupait aussi de l’entretien de la vaisselle en cuivre, en l’emmenant pour renouveler leur couche d’étain au centre de la médina au cœur de Tunis. 🏺

Toutes ces activités, auxquelles je participais, ont sublimé mon enfance et m’ont permis de porter en moi, à jamais, mon héritage culinaire tunisien. Où que je sois, ce parfum particulier de la Tunisie pendant le mois de Ramadan et mes souvenirs d’enfance resteront toujours en moi. Ils demeureront mon trésor le plus précieux. 💎